lyon roller extreme: descente, freeskate, street agressif



Anecdote 31

Biennale de la danse

J'en aurais fait des idioties à roller, crévindiou ! Cela me rappelle d'ailleurs la Biennale de la danse. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cet événement, il s'agit d'un défilé partant des Terreaux, passant par la rue de la République et allant jusqu'à Bellecour. Non, il ne s'agit pas d'une manifestation CGT bien que le parcours puisse le suggérer. L'événement est plus festif : il s'agit de danseuses et danseurs déguisés et exécutant une chorégraphie. Plusieurs troupes sont de la parties et la retransmission en direct dure plus de deux heures.

J'ose enfin, après moult séances de psycho-thérapie, révéler au monde entier ma participation à cet événement par l'entremise de cette anecdote. Oui, j'ai participé à la Biennale de la danse sur des rollers. Tout a commencé par une proposition : "Veux-tu faire la Biennale ?". J'étais encore innocent à l'époque, j'ai accepté sans réfléchir.

Dans cette optique, nous avons été accueillis par la compagnie Zanka. Il s'agit d'une compagnie de théâtre de rue fondée par Margot C. en 1993 dont le credo est de regrouper des personnes en situation difficile, de toutes cultures et de tous milieux sociaux afin de leur redonner un peu de l'amour propre que la précarité leur a enlevé. Elle est basée à Oullins et participe depuis de nombreuses années aux différentes fêtes de Lyon (Biennale de la danse, Carnaval de Saint Georges...).

Mon premier contact avec Zanka s'est passé dans ses locaux avec l'impression de pénétrer dans un nouveau monde, sorte de communauté fraternelle empreinte de chaleur humaine, de petit village à l'intérieur de la ville où les soudeurs se mélangent aux couturières devant les pinceaux des maquilleuses. La deuxième impression fut celle d'un lieu où tout est possible tant sur le plan technique qu'artistique.

N'ayant aucune capacité acrobatique sur des rollers, on m'affectait un rôle de cheval. Il suffisait de rentrer à l'intérieur d'un cheval, d'accrocher des bretelles et de rouler. Cela restait dans mes cordes. Les autres effectueraient des sauts tandis que les moins chanceux déplaceraient les tremplins. Dès les premiers essais des costumes, nous détections les problèmes potentiels : les costumes descendaient le plus bas possible afin de cacher les rollers et les flamèches qui en tombaient venaient se coincer entre les roues et les platines.

Nous fîmes même des essais dans les rues de Oullins avec les autres participants (sans maquillage) afin de se rendre compte de l'évolution du cortège. Elsa N. profita de l'occasion pour se moquer de moi et je dois avouer que j'en fait encore des cauchemars. Pour amuser une petite fille, Elsa N. lui avait demandé de gratter le coup de mon cheval pour qu'il hénisse. Gentil de nature, je m'exécutai pour lui faire plaisir (à la petite fille, pas à Elsa N., ça ne risque pas ;-) ). Que n'avais-je pas fait ? Cette histoire continue encore aujourd'hui de me poursuivre.

Nous n'avions reçu aucune consigne particulière concernant une quelconque chorégraphie pour le jour J. Nous nous sommes retrouvés à Oullins où les maquilleuses attendaient pour nous défigurer. Nous avons eu droit à du maquillage partout : visage, cou, oreille, buste...Un bus spécial devait nous emmener sur la place des Terreaux. Les chevaux étaient transportés séparément.

Arrivés sur place, nous apprenions que nous étions les derniers à partir de Bellecour. Cela fut fatal pour notre renommée internationale en France : les caméras de France 3 avaient déjà remballé avant notre arrivée.Nous posâmes malgré tout pour la postérité et la photo de groupe sur les marche de l'Hôtel de Ville. Les acrobates partaient devant nous, nous laissant le soin de fermer le cortège. Il y avait une bonne ambiance entre les chevaux. Nous nous amusions à faire la course, à slalomer entre les autres participants du cortèges, à éviter le crottin laissé par les vrais chevaux et à essayer d'effrayer les enfants.

Ah ! Les enfants ! Avant de partir, je me suis approchée d'une petite fille avec tout mon attirail. Je n'étais pas à un mètre d'elle qu'elle fut prise de peur panique. Réellement. Elle en pleurait. Si tous les gosses se mettaient à réagir comme ça, il me faudrait un car de CRS pour ressortir vivant de la Biennale. Ce fut le cas le plus extrême, les autres enfants se réfugiant généralement dans les jupes de leurs mères ou se révélaient plus téméraire et espéraient arracher le museau de mon cheval.

Fin de la ballade, retour à Oullins où un barbecue maison nous attendait. Séance de démaquillage. La catastrophe : le maquillage résistait sacrément bien à l'eau. Deux jours plus tard, j'en avait encore des traces. Le pire étaient encore à venir : la sueur avait fait couler le maquillage dans les yeux. Colorant alimentaire, je ne l'avais pas senti sur le coup. Mes lentilles de contact, par contre, avaient pris une jolie couleur rouge qu'elles mirent quatre mois pour s'en débarrasser.